lundi 30 mars 2009
dimanche 29 mars 2009
Le voyage
On avance dans la vie à petit pas quand les bagages sont lourds. On essaie de se débarasser d'une valise, d'un mauvais colis, mais tout est si bien ficelé que la valise ou le colis reste accroché, sans remède. Alors il faut bien avancer. On pèse son pas, on pèse sa pensée, on pèse son souffle.
On progresse dans la boue de la vie en essayant de ne pas penser aux effluves malsaines s'échappant de son fardeau, en se bouchant le nez discrètement. On essaie de rêver... on essaie... Juste pour passer le temps, ou au moins un instant... On ne pense à rien, à rien. On se perd dans les automatismes d'une vie de lombric, on tord son corps blanc à travers la boue du terrain, sans crier car la bouche n'est plus qu'un orifice à traiter la boue.
On traverse ainsi la vie à petit pas, avec ses bagages dont on ne sait même plus ce qu'ils contiennent. A-t-on un but ? Non, parce qu'aller quelque part vous ramène à votre point de départ, et de celui-là, il n'y a plus trace.
Est-ce de l'errance, alors ? Non plus, parce que l'automate sait où il va : il va à l'instant suivant, puis à l'autre, et d'instant en instant, il fait le tour du monde, d'un monde irréel et lointain, d'un monde qui n'existe pas. On fait des détours pour aller vers ce nulle part, mais on y revient toujours. On sait où on ne va pas, surtout pas.
Et puis, quand il faut y aller, y passer, on a la mort dans l'âme, l'âme dans la mort. Le lombric s'effiloche, perd sa chair, se transforme en une improbable chrysalide, une infâme chrysalide d'où sort un étron plus laid et nauséabond encore. Produit de défécation à la découverte de la vie, de quoi rire au vent en se bouchant le nez.
Une autre chrysalide peut-être ? Une autre transformation ? Ou un autre instant, suivi d'un autre encore.
A quand la fin du voyage ? Mais le temps existe-t-il ? Tout est arrêté, comme une horloge couverte de toile d'araignées dont les aiguilles se sont immobilisées sur minuit, l'heure du crime, suspendue entre une journée et une autre, une vie et une autre - essence du basculement existentiel, point nodal où une existence disparaît et est remplacée par son image fantôme.
On avance dans la vie à petit pas, dans de petits souliers, avec des petits rêves, des petites corvées, des petits désespoirs... et un grand dépotoir.
On progresse dans la boue de la vie en essayant de ne pas penser aux effluves malsaines s'échappant de son fardeau, en se bouchant le nez discrètement. On essaie de rêver... on essaie... Juste pour passer le temps, ou au moins un instant... On ne pense à rien, à rien. On se perd dans les automatismes d'une vie de lombric, on tord son corps blanc à travers la boue du terrain, sans crier car la bouche n'est plus qu'un orifice à traiter la boue.
On traverse ainsi la vie à petit pas, avec ses bagages dont on ne sait même plus ce qu'ils contiennent. A-t-on un but ? Non, parce qu'aller quelque part vous ramène à votre point de départ, et de celui-là, il n'y a plus trace.
Est-ce de l'errance, alors ? Non plus, parce que l'automate sait où il va : il va à l'instant suivant, puis à l'autre, et d'instant en instant, il fait le tour du monde, d'un monde irréel et lointain, d'un monde qui n'existe pas. On fait des détours pour aller vers ce nulle part, mais on y revient toujours. On sait où on ne va pas, surtout pas.
Et puis, quand il faut y aller, y passer, on a la mort dans l'âme, l'âme dans la mort. Le lombric s'effiloche, perd sa chair, se transforme en une improbable chrysalide, une infâme chrysalide d'où sort un étron plus laid et nauséabond encore. Produit de défécation à la découverte de la vie, de quoi rire au vent en se bouchant le nez.
Une autre chrysalide peut-être ? Une autre transformation ? Ou un autre instant, suivi d'un autre encore.
A quand la fin du voyage ? Mais le temps existe-t-il ? Tout est arrêté, comme une horloge couverte de toile d'araignées dont les aiguilles se sont immobilisées sur minuit, l'heure du crime, suspendue entre une journée et une autre, une vie et une autre - essence du basculement existentiel, point nodal où une existence disparaît et est remplacée par son image fantôme.
On avance dans la vie à petit pas, dans de petits souliers, avec des petits rêves, des petites corvées, des petits désespoirs... et un grand dépotoir.
Cauchemar
Pourquoi le vent doit-il souffler dans les yeux des enfants ? Pourquoi les relents malsains des adultes doivent-ils encombrer le corps des petits ?
Une main dans le noir, un cri étouffé. Une main qui prend, un corps qui se défend.
Tout cela se passe si vite. Rien ne se voit, tout est noir, irréel. Rien n'est su.
Se cacher, se sauver, trop tard. C'est lourd, un corps d'adulte, lourd et chaud, lourd et dur. Si au moins il était froid, si au moins il était méchant: mais il est bête, il essaie d'être doux, et il sent mauvais le vin, la cigarette. Il est chaud et berce, et vous transperce.
Pourquoi le vent doit-il soulever le drap des enfants ? Pourquoi les déboires des adultes doivent-ils se déverser sur les petits ?
La lumière qui brille de partout, la musique qui assourdit, la tête qui tourne, le sol instable.
Les yeux vous regardent, les yeux vous déshabillent. Nulle part où se cacher. Les rires vous entourent, les rires vous étouffent.
Rien n'est sérieux. Mesdames, Messieurs, le spectacle commence. Venez vous amuser, vous êtes là pour ça.
Où est le théâtre ? Où sont les acteurs ? Qu'est-ce qui est vrai ? Où est le réel ?
Un mauvais film, un souvenir qui s'est trompé de porte peut-être, des sentiments qui divaguent, un souffle qui tremble, suspendu entre un rien et un autre.
Les yeux vous percent, vous volent, mais sont-ce des yeux ? Où ? Comment ?
Et puis les mots... ces mots... qui vont de l'avant, de l'arrière, de l'avant, de l'arrière, qui ne savent où aller, où jouir. Et puis tous les mots qui ne remplacent pas la réalité, ne la refont pas, mais qui fondent et transfusent mes pensées en délires, ou mes délires en pensées.
Les mots courent, comme la pensée. Ils courent là où le corps n'a pu fuir : ils courent, nus, sur ces toits d'un village hypocrite où les bouches sont closes en un sourire entendu, complice - complice de qui ?
Les mots courent sans s'arrêter, sans rien pour les arrêter, suivant le fil d'un délire qui tarde à devenir souvenir, qui ne trouve trace de mémoire et qui se construit lui-même en un semblant d'existence. La légèreté des mots, leur inessentialité.
Ecrire non pas pour dire, mais pour se trouver, se trouver dans ses délires à défaut de se trouver dans sa réalité. Si les bases manquent, alors les créer de toutes pièces, mais dans le vide. Existence improbable, frissonnante de peurs anciennes.
Mais les mots butent contre les araignées velues, prêtes à sortir de leur trou, à sauter sur le corps, le remplir de leurs mains velues, injecter leur venin visqueux et faire courir leur bouche infâme sur un corps tordu de terreur. Le délire se fait maintenant cauchemar, cauchemar d'une vie dans un coin sombre et humide. Peau hérissée d'horreur, sang et regard gelés en une agonie fictive, inventée, tout pour sortir de là.
Les collines verdoyantes luttent contre les pas des arachnides, le soleil d'été contre l'obscurité de la nuit mangeuse d'enfants. Rien n'y fait. Les bestioles ont envahi une vie et s'y sont installées. Elles resteront. Reste à les confiner dans un coin sombre de sa souffrance, un coin discret dont on laissera la porte soigneusement fermée. Plutôt brûler, plutôt pourrir, plutôt se noyer que d'ouvrir cette porte. Nier jusqu'à l'existence de la porte même si elle est là, devant le regard se faisant hagard.
Et pourtant, c'est là qu'est resté quelque chose de précieux, quelque chose qu'on n'a pu sauver. Mais quoi ? Quoi ? On ne se souvient pas, on ne se souvient plus ? S'est-on jamais souvenu ?
Tout cela n'était qu'un rêve, un mauvais rêve. Dors mon enfant, dors, dans les bras de maman.
Oui, maman. Maman, tu as les mains sales.
Une main dans le noir, un cri étouffé. Une main qui prend, un corps qui se défend.
Tout cela se passe si vite. Rien ne se voit, tout est noir, irréel. Rien n'est su.
Se cacher, se sauver, trop tard. C'est lourd, un corps d'adulte, lourd et chaud, lourd et dur. Si au moins il était froid, si au moins il était méchant: mais il est bête, il essaie d'être doux, et il sent mauvais le vin, la cigarette. Il est chaud et berce, et vous transperce.
Pourquoi le vent doit-il soulever le drap des enfants ? Pourquoi les déboires des adultes doivent-ils se déverser sur les petits ?
La lumière qui brille de partout, la musique qui assourdit, la tête qui tourne, le sol instable.
Les yeux vous regardent, les yeux vous déshabillent. Nulle part où se cacher. Les rires vous entourent, les rires vous étouffent.
Rien n'est sérieux. Mesdames, Messieurs, le spectacle commence. Venez vous amuser, vous êtes là pour ça.
Où est le théâtre ? Où sont les acteurs ? Qu'est-ce qui est vrai ? Où est le réel ?
Un mauvais film, un souvenir qui s'est trompé de porte peut-être, des sentiments qui divaguent, un souffle qui tremble, suspendu entre un rien et un autre.
Les yeux vous percent, vous volent, mais sont-ce des yeux ? Où ? Comment ?
Et puis les mots... ces mots... qui vont de l'avant, de l'arrière, de l'avant, de l'arrière, qui ne savent où aller, où jouir. Et puis tous les mots qui ne remplacent pas la réalité, ne la refont pas, mais qui fondent et transfusent mes pensées en délires, ou mes délires en pensées.
Les mots courent, comme la pensée. Ils courent là où le corps n'a pu fuir : ils courent, nus, sur ces toits d'un village hypocrite où les bouches sont closes en un sourire entendu, complice - complice de qui ?
Les mots courent sans s'arrêter, sans rien pour les arrêter, suivant le fil d'un délire qui tarde à devenir souvenir, qui ne trouve trace de mémoire et qui se construit lui-même en un semblant d'existence. La légèreté des mots, leur inessentialité.
Ecrire non pas pour dire, mais pour se trouver, se trouver dans ses délires à défaut de se trouver dans sa réalité. Si les bases manquent, alors les créer de toutes pièces, mais dans le vide. Existence improbable, frissonnante de peurs anciennes.
Mais les mots butent contre les araignées velues, prêtes à sortir de leur trou, à sauter sur le corps, le remplir de leurs mains velues, injecter leur venin visqueux et faire courir leur bouche infâme sur un corps tordu de terreur. Le délire se fait maintenant cauchemar, cauchemar d'une vie dans un coin sombre et humide. Peau hérissée d'horreur, sang et regard gelés en une agonie fictive, inventée, tout pour sortir de là.
Les collines verdoyantes luttent contre les pas des arachnides, le soleil d'été contre l'obscurité de la nuit mangeuse d'enfants. Rien n'y fait. Les bestioles ont envahi une vie et s'y sont installées. Elles resteront. Reste à les confiner dans un coin sombre de sa souffrance, un coin discret dont on laissera la porte soigneusement fermée. Plutôt brûler, plutôt pourrir, plutôt se noyer que d'ouvrir cette porte. Nier jusqu'à l'existence de la porte même si elle est là, devant le regard se faisant hagard.
Et pourtant, c'est là qu'est resté quelque chose de précieux, quelque chose qu'on n'a pu sauver. Mais quoi ? Quoi ? On ne se souvient pas, on ne se souvient plus ? S'est-on jamais souvenu ?
Tout cela n'était qu'un rêve, un mauvais rêve. Dors mon enfant, dors, dans les bras de maman.
Oui, maman. Maman, tu as les mains sales.
lundi 16 mars 2009
Citation
R. Neuburger : Les familles qui vont la tête à l'envers, Ch. 1, p. 24 :
"Dans les mythes familiaux, comme dans tout dispositif mythique, on trouve trois sortes de signifiants: ceux qui indiquent le destin individuel, ce que l'on doit devenir quand on fait partie d'une famille donnée; ceux qui indiquent comment on doit se comporter vis-à-vis des autres membres du groupe familial; enfin, ceux qui signalent comment penser et comment agir face aux autres, à ceux qui sont étrangers au groupe."
"Dans les mythes familiaux, comme dans tout dispositif mythique, on trouve trois sortes de signifiants: ceux qui indiquent le destin individuel, ce que l'on doit devenir quand on fait partie d'une famille donnée; ceux qui indiquent comment on doit se comporter vis-à-vis des autres membres du groupe familial; enfin, ceux qui signalent comment penser et comment agir face aux autres, à ceux qui sont étrangers au groupe."
Monologue
Où est la douleur ? Où est le souffle ? Partis, envolés.
Où est la douleur ? Où est le souffle ? Partis, revenus.
Où est la joie ? Où est l'amour ?
Où est la joie, sur la voie de non retour.
Et l'amour ? Il court.
Il court après la joie, elle-même poursuivie par la douleur.
Il court après la douleur, il retrouve la douleur.
Où est, mais où est quoi ?
Ce qui est n'est pas ce qu'on croit, où bien l'est-ce ?
Et puis, croire pour quoi ?
Je crois en la douleur, mais y crois-je ?
Je sens, mais je ferme la porte... vite... fort.
Je ferme la porte pour ne pas laisser passer les courants d'air...
Je pourrais prendre froid au coeur...
Où est la douleur ? Elle frappe, frappe.
Où est la douleur ? À la tête, à la tête.
Où ? À la porte ? Contre le mur ? Non, ça c'est ma tête...
Je ne la vois pas, je ne la sens pas, je ne veux pas.
Ainsi ai-je décrété.
Mais les paroles, vous savez, ça s'envole.
Où est la douleur ? Elle est là, et je ne suis pas un héros.
Alors, alors on vit avec. Ce n'est plus moi, mais "on". La douleur est routinière, une compagne de voyage, une simple tristesse, un simple regret... sans objet, ou sans objet autre que moi.
Où est la douleur ? Partout, nulle part. Une pointe ici, une pointe là : camisole de pénitence pour ne pas oublier, ou pas totalement du moins.
Où est la douleur ? Où est le souffle ? Partis, revenus.
Où est la joie ? Où est l'amour ?
Où est la joie, sur la voie de non retour.
Et l'amour ? Il court.
Il court après la joie, elle-même poursuivie par la douleur.
Il court après la douleur, il retrouve la douleur.
Où est, mais où est quoi ?
Ce qui est n'est pas ce qu'on croit, où bien l'est-ce ?
Et puis, croire pour quoi ?
Je crois en la douleur, mais y crois-je ?
Je sens, mais je ferme la porte... vite... fort.
Je ferme la porte pour ne pas laisser passer les courants d'air...
Je pourrais prendre froid au coeur...
Où est la douleur ? Elle frappe, frappe.
Où est la douleur ? À la tête, à la tête.
Où ? À la porte ? Contre le mur ? Non, ça c'est ma tête...
Je ne la vois pas, je ne la sens pas, je ne veux pas.
Ainsi ai-je décrété.
Mais les paroles, vous savez, ça s'envole.
Où est la douleur ? Elle est là, et je ne suis pas un héros.
Alors, alors on vit avec. Ce n'est plus moi, mais "on". La douleur est routinière, une compagne de voyage, une simple tristesse, un simple regret... sans objet, ou sans objet autre que moi.
Où est la douleur ? Partout, nulle part. Une pointe ici, une pointe là : camisole de pénitence pour ne pas oublier, ou pas totalement du moins.
Je vis ma vie
Je vis ma vie, mais j'ai la tête ailleurs...
Je suis écervelé.
Cela s'est passé un beau matin d'enfer,
lorsque le soleil couchant est revenu prendre ses affaires.
Je vis ma vie, mais j'ai la tête ailleurs.
Je suis écervelé.
Cela s'est passé un beau matin d'enfer,
lorsque le soleil couchant est revenu prendre ses affaires.
Je vis ma vie, mais j'ai la tête ailleurs.
Les osselets (texte de jeunesse)
Deux enfants jouaient aux osselets
dans la cour, dans la jungle.
Deux enfants jouaient aux osselets
tranquilles.
Ce sont des hommes qui ne voient pas le soleil
qui leur ont appris.
Ce sont des hommes qui ne voient pas le soleil
dans leur pays.
Car ils sont pâles, et ils sont sales.
Ils n'ont que la boue.
Car ils sont pâles, et ils sont sales,
et puent le bouc.
Les deux enfants qui jouaient et riaient
étaient heureux aujourd'hui.
Les deux enfants qui jouaient et riaient
étaient repus aujourd'hui.
Les hommes qui mangeaient leur territoire
et tuaient leur gibier.
Les hommes qui mangeaient leur territoire
et les pendaient à leurs gibets
s'étaient tus dans la forêt fatiguée
de leurs coups.
Ils s'étaient tus dans la forêt épuisée
et n'étaient plus debout.
Et pourtant, ils étaient bien fades les hommes
qui avaient tout tué.
Et pourtant, ils étaient bien fades les hommes
qu'on avaient mangés.
dans la cour, dans la jungle.
Deux enfants jouaient aux osselets
tranquilles.
Ce sont des hommes qui ne voient pas le soleil
qui leur ont appris.
Ce sont des hommes qui ne voient pas le soleil
dans leur pays.
Car ils sont pâles, et ils sont sales.
Ils n'ont que la boue.
Car ils sont pâles, et ils sont sales,
et puent le bouc.
Les deux enfants qui jouaient et riaient
étaient heureux aujourd'hui.
Les deux enfants qui jouaient et riaient
étaient repus aujourd'hui.
Les hommes qui mangeaient leur territoire
et tuaient leur gibier.
Les hommes qui mangeaient leur territoire
et les pendaient à leurs gibets
s'étaient tus dans la forêt fatiguée
de leurs coups.
Ils s'étaient tus dans la forêt épuisée
et n'étaient plus debout.
Et pourtant, ils étaient bien fades les hommes
qui avaient tout tué.
Et pourtant, ils étaient bien fades les hommes
qu'on avaient mangés.
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