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dimanche 31 juillet 2011

Oui, Monsieur

Oui, Monsieur.

Oui, Monsieur, tête baissée, yeux baissés, pantalons baissés.

Oui Monsieur, tout ce que vous voudrez, puisque je n'ai pas le choix.

Oui, Monsieur, je ne vous regarde pas : par humilité, c'est ce que vous imposez; pour cacher ma haine, aussi, mais le voyez-vous ?

Oui, Monsieur, les yeux baissés, en serrant les dents.

Oui, Messieurs, Oui, Mesdames, vos seigneuries. Prenez ce que vos mains peuvent prendre, ce que vos bouches peuvent toucher. Le reste est à moi.

Oui, Monsieur le Colonel, sur la table. Aux ordres !

jeudi 25 novembre 2010

Envies

Comme envie de me faire du mal, de voir le rasoir sur ma peau

Comme la pointe d'un couteau sur la peau blanche d'un enfant qui se teinte de sang

Comme envie de trouer cette peau - la sienne, la mienne, la mienne en réparation de la sienne

Comme envie de crier: je ne t'ai pas tué

J'ai comme envie de pleurer parce que je ne peux pas croire

Comme envie de pleurer parce que je ne peux pas voir

Où est ma mémoire, où est cet enfant

Comme envie de voir le sang couler pour payer encore

Comme envie de vous rire au nez, d'être méchant

Comme envie de faire du mal, mais je n'ai pas le coeur

J'ai comme envie de souffrir pour croire que je souffre

J'ai comme envie de penser pour croire que je pense

J'ai comme envie...

Mais je n'ai pas mal, du moins je crois, du moins je ne sais pas

J'ai envie d'avoir mal pour déplacer la douleur

J'ai envie de dénouer la gorge - quoi de mieux que de la couper ?

J'ai envie de parler pour me croire vivant

Mais quelque chose me bloque, une grosse boule de douleur, une grosse boule de haine, une grosse boule de rancune, comme un testicule coincé au fond de la bouche

J'ai une grosse envie de ne plus être vulgaire, méchant, sale

Une grosse envie de ne pas dire ce que je dis, de ne pas voir ce que je vois, de ne pas penser ce que je pense

Envie de ne pas être là, ni là-bas, ni ailleurs

Comme une grosse envie de n'avoir envie de rien, juste effacer ce couteau, enfoncer cette lame

samedi 6 novembre 2010

Rêve

Sous le ciel étoilé, la terre est sombre, humide, froide. Les grains se pressent contre ma peau, la moiteur d'un ver sur ma jambe. Tout est silencieux ici. Là-bas, la maison illuminée danse, boit, rit. Tout est sombre ici. Un frôlement, le vent sur ma joue, une goutte à l'oeil.
Le regard fuit, le regard cherche.
La terre noire se tasse, se charge de l'eau de la nuit froide. Elle écorche la chair, elle respire et pousse.

Petite tête dépassant du sol, seule. Petit corps qui ne peut trembler, pressé qu'il est par la terre qui le ceint, qui le serre.

Petite tête seule dans la nuit, parmi les choux et les poireaux.

jeudi 14 octobre 2010

Tristesse

Jour sombre. C'est tout.

mercredi 29 septembre 2010

Est-ce que c'est permis ?

Est-ce qu'il est permis, est-ce que c'est bien,
de dire que votre mère a pris votre sexe entre les dents
comme pour l'arracher lorsque vous n'aviez pas quatre ans ?

Est-ce qu'il est permis, est-ce que c'est bien,
de dire que sa meilleure amie vous demandait de la lécher
même avec le sang menstruel ?

Est-ce que ce n'est pas trop cru, trop dégoutant,
de dire qu'un homme vous a soulevé une jambe pour vous violer
tandis que l'autre vous collait le ventre au visage ?

Est-ce qu'il bon, est-ce qu'il est pensable,
de dire que votre mère vous a collé sa langue dans la bouche
avec son odeur de vin alors que vous n'étiez qu'enfant ?

Est-ce qu'il est bon, est-ce qu'il est pensable,
de dire que même un chien aurait pu vous prendre pour objet
en pleine nuit, entouré d'un groupe hilare ?

Est-qu'il est concevable, est-ce qu'il est possible,
que des adultes entourent le corps d'un bambin
pour lui cracher dessus chacun tour à tour ?

Est-ce qu'il est de ce monde de rêver la nuit avant de s'endormir
à des enfants lâchés dans les prés tandis que les grands s'apprêtent
à les prendre en chasse pour ensuite les ligoter ?

Est-ce qu'il serait admis, est-ce qu'on serait autorisé,
à parler d'un enfant qu'on mène aux toilettes
pour lui enfoncer son sexe dans la bouche ?

Est-ce qu'il serait concevable, envisageable,
qu'on nous parle d'une petite tête clouée au sol
par une énorme botte, juste sous une roue de voiture ?

Est-ce qu'il serait recevable, acceptable,
d'entendre qu'une femme mûre avec rien sous la blouse
demande à un garçon de pas dix ans de la carresser ?

Que dirait-on de celui qui avouerait avoir vu en lui-même
sa meilleure amie violée sur la table de la salle à manger
pendant la fête du village, un soir d'été ?

Non, bien entendu, rien de cela n'est dans l'usage accepté.
Cela ferait jaser les bien-pensants et vomir les commères attablées.

Chut, silence...

mercredi 21 juillet 2010

Idées noires

Blues, take me away from all this,
from all of me.

Blues, take me away.

I won't fly to the sky, but get buried deep in the earth,
soiled for ever, lost.

Blues, take this away,
all of this.

Take this heart out of me,
and this brain out of this world.

Creep deeper and deeper,
far from the light, far from the living.

Come closer to death, come closer to the depth of the neverland.
Come closer to nothing, away from all.

I won't take this; I won't take it no more.

This is the end of it, a part of me has parted.
Gone away with the flies on a dead body.
This black heart is rotten,
no life is in there, no truth in that brain.

Just rubbish, all is rubbish.

dimanche 18 juillet 2010

Pensée

Quelle est la distance entre la vision d'un visage d'enfant cloué au sol par une chaussure d'homme, à deux doigts d'une roue de voiture avec le moteur en marche et une quelconque réalité passé. Le côté gauche de mon visage est comme ankylosé, avec des fourmillements partout qui tendent à tirer mes traits vers le bas, jusqu'à ce que l'oeil se ferme et la bouche se déforme.

Et pourtant, si j'appelais cela un "souvenir", qui me prendrait au sérieux à part les psys et ceux me sont proches ? Personne, et avec raison.

samedi 17 juillet 2010

Texte ancien

J'aimerais mourir sans qu'on ne m'ait jamais vu naître. J'aimerais disparaître sans bruit, sans remou, sans gêner personne.. J'aimerais que la vie se défasse de moi comme on jette une vieille fripe inutilisée. J'aimerais être le grain de poussière que l'on chasse de la maison du monde. J'aimerais mourir pour ne plus avoir peur, pour ne plus tourner mon regard interrogateur vers mon bourreau, essayant de comprendre ce qu'il me faut faire pour éviter le fouet, les coups, les oreilles tirées, le visage enfoncé dans son ventre.

J'aimerais être un point d'interrogation qui s'efface, ne laissant qu'un point final, ou quelques points de suspension tombant dans l'oubli. J'aimerais être une virgule sur le calendrier du temps, une simple pause avant de passer à autre chose, autre que moi. J'aimerais être la fin de ma propre fin, retrouver le néant que je n'ai jamais quitté, qui est en moi et qui est moi.

J'aimerais perdre ma seconde peau qui me raccroche à la vie pour regagner la première peau que l'on m'a remise, peau de bête que l'on monte et démonte, peau d'âme absente parce qu'en voyage ab eternum. J'aimerais me réduire à cet esprit qui s'évade et que personne ne rattrape jamais, ni dans les cimetières, ni sous les roues d'une voitures, ni dans les alcôves fétides, ni dans l'eau pure d'une rivière qui jamais ne pourra laver la souillure. J'aimerais me réduire à ce qui est en moi insaisissable, à ce que ni les objectifs, ni les langues inquisitrices n'ont réussi à emprisonner.

J'aimerais mourir pour être enfin ce que je suis, un rien dans l'espace infini du néant, une non-existence dans le coeur de pierre de qui n'a pas cru en mon être, une absence justifiée à tout jamais.

vendredi 2 juillet 2010

Reconstruction et vérité

On me dit que je fais un pas en avant vers la reconstruction de mon vécu, qu'un nouvel élément revient à la surface à travers une image sortie de je ne sais où, une image qui ne se dit ni vraie ni fausse, mais qui se montre.

Cette image est toutefois tellement incroyable, tellement horrible, comme un enfant offert en sacrifice sous le regard de deux autres enfants qui assistent muets et impuissants à ses souffrances et à sa mise à mort, que je ne peux vraiment pas me résoudre à l'accepter. La seule issue: mener une enquête concrète, rechercher des indices, des recoupements, à défaut de preuves et de témoignages. Comment croire à une histoire qui semble dépasser les limites du concevable ? Pourquoi les autres ajoutent-ils foi aussi facilement à ces images alors que je doute ? N'est-ce pas moi qui fait tourner tout le monde en bourrique, qui joue la comédie ? Et pourquoi ?

Malgré la croyance de ceux qui me veulent du bien, non, je n'arrive pas à croire.

mardi 1 juin 2010

Sex and love

Comment réconcilier sexe et amour: est-ce que l'amour repose sur cette fameuse alchimie du sexe, ce qui me pose problème, et si cette alchimie ne fait qu'y contribuer partiellement, ne pourrit-elle pas la pureté que je voudrais donner à ce sentiment ?

Qu'est-ce que le plaisir sexuel ? Purement physique ? Non, et pourtant... Je suis très confus mais, ce faisant, j'attends que mon corps me guide, ce qui me tire de nouveau vers le bas.

Quelle horreur! Pourquoi l'amour doit-il passer par là ? Mais que serait-il sans cela?

Questions, questions, mais pas de réponse.

mardi 25 mai 2010

Pourquoi j'écris

Je ne sais pas pourquoi j'écris des choses comme celles-ci: "Pensez à ces enfants qui ne connaissent des adultes que leur bas-ventre... A ces enfants qui auront, adultes, pour seul souvenir non pas les coups, mais la peur des coups ; non pas la souffrance, mais la peur de la souffrance. Il y a ceux qui n'ont pas survécu, et puis ceux qui finissent sur le trottoir dans tous les sens. Il y a ceux qui meurent, et puis ceux qui sont morts dedans. Et puis il y a les autres... et chez moi la haine des autres: du coupable à celui qui ne dit rien, de celui qui nie à celui qui offre sa pitié avec un air goguenard qui en dit long sur son empathie, de ceux qui vous traitent avec une pitié vile à ceux qui vous regardent comme si vous étiez vous-même la souillure, et non pas la victime de cette souillure." En écrivant ces mots, j'ai la sensation de parler de moi, alors qu'on parle d'enfants tués, torturés, de cercles pédophiles internationaux.Je ressens la souffrance et le martyr de ces enfants comme si je l'avais vécu. J'ai la désagréable sensation d'aller jusqu'à oublier ces enfants tellement je pense à moi, et je n'aime pas ça du tout.

mardi 18 mai 2010

S. Ferenczi

Juste un petit message suite à diverses interventions que j'ai relevées sur mon blog. Je suis content que celui-ci ait pu servir à mettre en contact certaines personnes, je ne pouvais pas demander mieux.

La lecture que je recommande vivement à quiconque a été touché par l'inceste ou à quiconque connaît une victime est un petit livre très facile à lire, A LA PORTEE DE TOUS selon moi, soit : "Confusion de langue entre les adultes et l'enfant" de S. Ferenczi, l'un des rares psychanalystes qui ait eu à dire quelque chose de fondamental sur l'inceste, bien que ce ne soit pas le seul non plus.

mercredi 12 mai 2010

Problème (2)

Dans une relation de couple, le problème revient à la question de confiance: jusqu'où est-ce que je m'autorise à demander de l'aide à mon partenaire ? Jusqu'où est-ce que je m'autorise à me révéler moi-même ? Et donc, jusqu'où ma partenaire peut-elle avoir confiance en qui ne se démasque pas totalement ?

dimanche 9 mai 2010

Problème

Problème : peut-on apprendre à vivre par devoir pour ses enfants ou pour toute autre personne.

Réponse : non parce que, pour apprendre à vivre, il faut apprendre à se respecter, voire à s'aimer, et on ne s'aime pas pour l'amour des enfants, par devoir.

Réflexion annexe: les enfants ou le compagnon / la compagne ne peuvent pas servir pour donner un sens à la vie parce que 1) ce serait comme s'aimer soi-même pour l'amour d'un autre, ce qui est un contre-sens; 2) ce serait prendre l'autre pour une fonction dans notre propre vie, et non pour une personne à soi, indépendante de nous.

mercredi 5 mai 2010

Mélancolie

Il faut passer sa vie à se battre. Lorsque la mélancolie vous prend et vous fait oublier la noirceur du passé pour vous présenter la souvenance de moments heureux qui n'ont jamais existés - qui n'étaient bonheur que dans la mesure où les coups ne pleuvaient pas et que le coeur était encore nourri de l'espoir que demain peut-être... il faut se battre pour ne pas retourner en arrière, réprimer ses larmes qu'autrefois on confondait avec des larmes d'amour purifiant la scabrosité d'une existence pourrie. Et pourtant, ces larmes étaient consolatrices, tranquillisantes: pleure mon enfant, jusqu'à ce que le sommeil s'abatte sur toi, t'abatte. Demain tu te réveilleras, qui sait où, qui sait après quelle aventure - peut-être la tête te fera mal, peut-être un peu de nausée et ce goût étrange dans la bouche...

Il faut se battre pour redonner aux sentiments leur cadre véridique, pour passer du songe-creux au creux des songes.

Triste existence que celle-ci, pourtant.

Faire face à la mélancolie, la prendre en pleine figure, sans céder, sans excuses...

dimanche 28 mars 2010

Viol d'anges (Martine Bouillon) II

"Si on arrive à faire comprendre à un enfant qu'on ne va plus l'aimer s'il nous déçoit, il va se livrer à une espèce de surenchère et aller jusqu'à imaginer ce qui ferait plaisir à l'adulte. Sans en avoir l'air, l'adulte l'a conduit peu à peu à ce qu'il voulait entendre. Il finit par faire comprendre à l'enfant que c'est presque lui le violeur, le demandeur. Le triomphe du pédophile consiste à retourner complètement la situation : à l'entendre, c'est l'enfant qui le viole, lui.

"De tels propos reviennent presque constamment dans les 'aveux' des pédophiles : 'C'est un petit cochon, vous ne le connaissez pas, il est porté là-dessus, c'est lui qui m'a séduit, qui m'a obligé, et je ne suis coupable que d'une chose, d'avoir cédé.' On a complètement retourné l'image de l'abuseur et de l'abusé. Et l'adulte a si bien enfermé l'enfant dans cette image, dans cette culpabilité, que la victime va se taire : il ne va effectivement pas dénoncer l'autre, car il se dénoncerait lui-même. C'est d'une effroyable subtilité psychologique.

"De la même façon, les campagnes de prévention où l'on enseigne à l'enfant à dire non, à résister à l'adulte, relèvent en réalité du langage du pédophile, car on retourne ici les situations. Je crois que le langage de la justice, des assises notamment, consiste à remettre chacun à sa place. L'enfant n'a pas de responsabilité. Par définition, il n'est pas responsable de lui-même. On peut lui faire accomplir ou dire tout ce qu'on veut, il n'a aucune notion du danger réel. L'adulte est forcément, toujours, le coupable. Et dans le cadre de l'instruction, c'est ce que j'ai le plus de mal à faire entendre aux mis en examen. Il faut pourtant que j'y parvienne, il faut qu'eux-mêmes arrivent à le comprendre, sinon la récidive est presque certaine. Mais les pédophiles croient d'autant plus à leur discours qu'après l'avoir fait croire à l'enfant, celui-ci leur restitue."

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Je crois qu'on retrouve là les observations d'Annie Leclerc: bien entendu qu'il est préférable que les enfants sachent se défendre, mais on ne peut pas les accuser de ne pas dire non. Bien que j'ais tout oublié du passé le plus ancien avec ma mère, je sais qu'adolescent, elle n'avait pas besoin de demander et il lui était donné: j'allais jusqu'à voler pour elle sans qu'elle me le demande. Lorsqu'enfin j'ai choisi de mettre fin à notre relation, je m'en voulais de n'avoir pu la sauver, mais je ne pouvais pas l'accompagner alors qu'elle-même n'arrivait plus à s'intéresser vraiment à moi. C'était une histoire d'amour qui finissait mal. Ce n'est que très récemment que j'ai commencé à prendre la mesure des choses. Si on m'avait demandé: mais pourquoi n'as-tu pas dit non, je serais parti d'un fou rire hystérique sans comprendre si c'était bien à moi qu'on parlait. Je n'étais pas de ce monde et je n'imaginais pas d'autre façon de vivre que la mienne. Tout était dans l'ordre des choses.

D'ailleurs, je n'ai jamais songé à dire non à cette ado qui, elle aussi, s'est intéressée à mon corps d'enfant, ou encore à l'amie de ma mère: ce n'était pas pensable pour moi, comme si tout avait toujours été comme ça. Je me gardais bien de le demander aux autres enfants, de peur qu'ils ne me répondent que tout n'était pas nécessairement dans l'ordre des choses chez nous.... A combien d'autres n'ai-je pas dit non ? Je ne sais pas, mais l'enfant ne devrait pas être dans une situation dans laquelle il devrait avoir la maturité d'un adulte dans ce "NON" à quelque chose qu'il n'est pas censé connaître.

L'abuseur se projette ainsi tout entier dans l'abusé qui, par besoin d'amour, de croire en sa propre bonté peut-être, introjecte avidement ce parasite et s'en drogue jusqu'à ne plus pouvoir s'en passer même à l'âge adulte. Quelle horreur ! Même ses enfants, s'il a le temps d'en avoir, risquent d'être infectés par ce virus !

jeudi 25 mars 2010

Femmes fatales (Michèle Agrapart-Delmas)

Un petit passage de ce livre qui contient des observations qui, je pense, vont au-delà des profils ici concernés, ceux des "serial killer".

"Or tout individu relevant de l'article 122-1 est considéré comme non punissable en raison de l'abolition totale ou partielle de son discernement, et échappant ainsi à la sanction pénale, va aller grossir les services de psychiatrie. Cependant l'exonération de peine, le non-lieu psychiatrique sont rarissimes en matière pénale, et liés essentiellement à des maladies graves comme la schizophrénie. C'est toute l'ambiguité entre les concepts de responsabilité, d'imputabilité et de punissabilité...

D'autre part, on n'est jamais fou à temps plein tandis que la guillotine, qui n'a d'ailleurs jamais été dissuasive pour les criminels toujours persuadés d'être plus malins que les policiers et de fait de leur échapper, évite certes les récidives mais pas les erreurs judiciaires.

La quasi-totalité des tueurs multirécidivistes ont tout leur discernement et leur parfaite lucidité. Les actes sont commis en toute connaissance de cause pour apaiser une pulsion, et le plaisir éprouvé entraîne la récidive.

Mais traiter un criminel de fou, c'est se différencier de lui, ne pas s'y identifier, le mettre à bonne distance sécurisante pour chacun d'entre nous en l'excluant d'une société de gens dits 'normaux' qui eux ne violent pas les jeunes vierges ni ne tuent les enfants."

Ce qui m'intéresse ici, ce sont tout d'abord ces trois concepts de "responsabilité", "imputabilité" et "punissabilité". De même, la remarque sur la folie à temps plein. Dans les affaires de viol et d'inceste, on entend toujours la même rengaine: un homme, le pauvre, a été victime de ses pulsions. Que voulez-vous, c'est un homme et sa femme le délaissait ou il était pauvre d'esprit, il a eu une enfance difficile. Mais cet homme qui viole sa fille plusieurs fois par semaine sur des années et ne s'arrête que quand la jeune fille le menace de tout dire, cet homme n'a-t-il pas eu le temps de penser pendant toutes ces années ? Et le violeur d'un soir doit-il nécessairement se défendre en arguant que la fille était consentante ?

Pendant longtemps j'ai excusé ma mère en disant que la pauvre était issue de l'assistance publique, qu'elle avait sans doute été abusée elle-même, qu'elle était dépressive, voire malade mentale, mais est-ce que tout cela doit l'excuser d'avoir ruiné la vie de ses trois enfants ? Ce qu'elle a commis ne peut que lui être imputé, et elle seule est responsable parce que, sur plus de 15 ans, elle a nécessairement eu la possibilité de réfléchir et voir l'horreur qu'elle nous faisait vivre à nous et aux autres enfants. Punissable, donc, et pas seulement à traiter en asile psychiatrique (d'ailleurs, l'asile ne lui a rien fait). Mais pas si anormale, car combien ont participé aux orgies ? Tous des gens très respectables, pères de famille et autres...

jeudi 18 mars 2010

Pornographie et pédophilie

Pourquoi cet intérêt pour la pornographie à travers le livre de M. Marzano, "La pornographie ou l'épuisement du désir" ?

Tout comme la pornographie n'a plus grand chose à voir avec la sexualité, la pédophilie et la pédophilie incestueuse n'ont, elles non plus, rien de sexuel.

La sexualité est un échange entre personnes, une "rencontre" dans laquelle deux personnes, ou plus, partagent des sensations et explorent les limites réciproques à travers le corps pour se retrouver soi-même dans le rapport à l'autre qui doit, par nécessité, rester autre.

Dans la pornographie, le corps du désir est morcelé et tué, l'objet du désir est présenté comme prédigéré, vidé de son sens et proposé à la consommation: l'autre n'est plus.

De même dans la pédophilie: comme l'avait déjà exprimé Ferenczi, l'enfant ne peut comprendre le langage sexué de l'adulte et tout échange est donc, par définition, impossible au niveau de la sexualité avec un enfant. Ce ne peut donc pas être la "chose sexuelle" qui attire un adulte vers un enfant, que cet adulte soit un parent ou un étranger. Le rapport pédophile/incestueux est un rapport de possession dans lequel l'enfant ne peut jouer le rôle d'un "Autre" irréductible: l'enfant est là pour être annihilé, choséifié. Il est un bout de chair entre les mains de l'adulte qui ne connaît plus les limites de l'interdit érotique, pour parler dans l'esprit de M. Marzano.

L'enfant, de par sa fragilité, est immédiatement disponible et consommable: il est manipulable à merci. L'adulte peut l'éduquer à obéir. Combien de cas d'enfants relève-t-on dernièrement dans la presse qui ont été littéralement élevés dans l'esclavage et habitués à obéir jusqu'à un âge avancé: depuis Fritzl en Autriche, un cas en Pologne, un cas en Angleterre, un autre bien connu depuis longtemps en France, un autre encore aux Etats-Unis.

Ces rapports nés dans la pédophilie n'ont rien à voir avec la sexualité: il s'agit de la négation de toute sexualité, d'une prise de pouvoir d'un ego par assimilation d'un autre. L'autre est littéralement digéré, phagocyté. Il devient la projection vivante de l'égo du pédophile.

Le sexe est ainsi nié à la victime. Pornographie, pédophilie, sadisme - tout cela est inspiré à la même veine sombre de l'humain, le refus du vide d'un ego en projetant ce vide dans un autre, en se débarrassant de son vide de sens et en créant un vide de sens en reflet dans la victime qui devient victime expiatoire, victime excrémentielle, dépositaire des ordures du tortionnaire.

D'où l'importance du manque d'empathie même chez un pédophile qui ne serait pas de type "agressif": l'enfant est, selon lui (ou elle d'ailleurs) demandeur de "câlins"; l'enfant ressent du plaisir et en est reconnaissant. C'est ce que le pédophile finit par croire non pas parce qu'il réussit à s'en convaincre, mais parce qu'il est incapable de saisir l'altérité dans l'autre et finit donc par se retrouver lui-même dans les yeux de sa victime en s'y projetant avec avidité.

La peur de l'autre entraîne ainsi la recherche d'une marionnette qui est négation de l'altérité puisque privée de volonté et de désirs propres. L'enfant est le désir du pédophile et ne peut donc avoir d'autre désir que le désir du pédophile (ou du parent incestueux). L'enfant est par essence, aux yeux du pédophile, un être à modeler selon son bon vouloir : il est tout le contraire d'un sujet libre susceptible d'imposer une volonté ou un désir à l'égal de la volonté ou du désir de l'adulte. Finalement, c'est l'adulte qui doit interpréter le comportement de l'enfant comme consentant ou non consentant, et le pédophile voit toujours l'enfant comme consentant, jusqu'à ce que, d'ailleurs, l'enfant finisse par le croire lui-même. Le cercle est alors bouclé et l'enfant-victime s'accole de plus la responsabilité de sa propre victimisation, libérant définitivement le pédophile de tout remord qui pourrait, d'aventure, subsister encore.

lundi 8 mars 2010

L'autre

L'autre est source d'enrichissement comme il peut être source d'appauvrissement. C'est dans l'autre que nos identités possibles se réalisent pour nous être renvoyées en miroir. Il n'existe pas d'identité sans altérité.

Dans l'inceste et dans la manipulation pédophile, par contre, c'est l'altérité de l'enfant qui est niée pour devenir l'objet des projections du soi de l'agresseur: l'agresseur attribue à l'enfant des pans de soi-même, de ses fantasmes et peut-être de son passé. Le pédophile se projette dans l'enfant, en phagocyte les représentations et en nie l'identité.

Redécouvrir l'autre est le grand obstacle après avoir subi un tel parasitage.

mercredi 3 mars 2010

Briser les chaînes

Briser les chaînes d'une étrange faiblesse dans les rapports subis d'humiliation. S'affranchir. Pour cela, poser la question: "Qu'est-ce que je veux ?"

Apprendre à poser cette question et, peu à peu, à relever les yeux.

Fascination pour le morbide, pour la violence infligée, pour la banalisation de la souffrance subie et la peur du normal, du fort.

Grandir hors de cet enfant pour aimer et vivre, pour s'aimer et se vivre, et rendre aux autres qui nous ont aimé à hauteur de ce qu'ils nous ont apporté.

Pour ceux qui ont voulu partager en toute sincérité avec nous, apporter cette part de liberté qu'eux-mêmes nous ont offert: il ne veulent pas la soumission de l'enfant battu et violé, mais un sentiment sincère et sans contrainte.

On ne peut pas aimer sans accepter d'être aimé.