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mardi 29 novembre 2011

Les vrais prédateurs sexuels

Jean-Pierre Rosenczveig est président du Tribunal pour enfants de Bobigny. Auteur de nombreux ouvrages sur les droits de l’enfant et blogueur, il revient sur la définition des prédateurs sexuels – tels que définis par les associations de lutte contre la pédophilie sur Internet – et les modifications qu’Internet a apporté au cours de ces dernières années.

Comment définir la pédophilie ?

Je revendique une formule qui exprime tout pour moi : les enfants ont droit à l’amour mais pas à ce qu’on leur fasse. On a le droit d’avoir de l’affection pour un gamin ou une gamine, mais il y a des limites posées non seulement par la morale et l’éthique personnelle mais surtout par le code pénal. Ce dernier pose une série d’interdits notamment en ce qui concerne les relations entre enfant et adulte et qui sanctionne les faits. Les circonstances sont aggravées lorsque la victime est très jeune et lorsque l’auteur est en position d’autorité sur l’enfant.

La pédophilie est à la fois un fait criminel et un fait sociologique. Au cours de certaines périodes de l’histoire ou dans certaines cultures, le fait n’existerait pas, ce qui est largement contesté. Mais globalement, le sens de l’histoire est d’admettre qu’il puisse y avoir des relations sexuelles entre individus pour des raisons non reproductibles et pour des raisons de plaisir. Pour autant ces relations sexuelles sont effectivement à considérer avec des interdits : ceux de protection pour éviter que certains n’abusent de leur force à l’égard d’autres plus faibles. Dans la pédophilie c’est le plus fort contre plus faible que lui. Certains plus fragiles ne pouvant pas manifester leur opposition. Après jurisprudence, le législateur est venu reconnaître cette position de faiblesse ou de déséquilibre entre deux êtres humains : enfant/adulte.



La définition même de l’enfant évolue aussi ?

Au sens général du terme, l’enfant est une personne de moins de 18 ans et l’enfant de moins de quinze ans est plus spécialement protégé. Mais d’une manière générale, ce concept d’enfant est en train de s’estomper au profit d’une approche plus globale de la personne vulnérable. L’âge et la vulnérabilité ne se cumulent pas sur le plan juridique mais ces critères vont entrer en ligne de compte. Le fait d’être un enfant de moins de quinze ans pose déjà une présomption de faiblesse. De façon purement subjective, dans la période historique que nous sommes en train de vivre, je pense qu’avec le degré de civilisation qu’est le nôtre, nous prenons plus en compte le respect de l’autre, en particulier de l’enfant. Nous sommes dans une période où il y a moins de maltraitance physique. Ce qui n’a plus rien à voir avec le 17ème siècle en Europe. La vie ne vaut plus la même chose.

Dans ces affaires-là, il n’y a pas d’équilibre de discernement entre ce qui est bien et ce qui est mal de la part de l’adulte ? Comment se définissent-ils ?

Il y a effectivement un certains nombre de personnes qui sont portées vers des enfants dans leurs relations affectives et sexuelles et qu’ils peuvent plus ou moins entretenir. Mais la relation amoureuse et plus la relation sexuelle doit être consentie des deux côtés. Or, pour qu’elle soit consentie, il faut qu’elle soit équilibrée. Ce qui n’est pas le cas entre un homme de 35 ans et une jeune fille de 14 ou 15 ans. Et même s’il n’y a pas de lien familial ou d’autorité, les histoires sont différentes, la structuration et l’expérience de la vie aussi. La jeune fille de 14 ans découvre la sexualité alors que l’adulte non. Il n’y a plus de négociation à avoir avec une jeune fille qu’on peut embobiner à travers le père qu’elle recherche, une personne qui projetterait une image, ou qui aurait du pouvoir. Celui qui tient ce discours a de l’autorité sur elle. Une jeune fille ou un enfant ne peut pas imaginer que l’adulte qui vient vers lui soit quelqu’un qui lui veuille du mal. Dans une relation normale, personne ne cherche à faire du mal à l’un ou à l’autre. Dans la relation pédophile, l’adulte pour se dédouaner va soutenir, et ce sera toujours son “mot”, qu’il a été séduit par l’enfant. En d’autres termes, il va reprocher à l’enfant d’avoir développé un art de la séduction et dans son esprit il y a bien une victime et un coupable. Sauf qu’il va essayer de se défausser de sa responsabilité de coupable en se désignant comme victime.

“l’adulte lui est présenté comme étant quelqu’un qui n’est pas dangereux”
Il va toujours prendre un temps pour la séduction, sinon c’est une agression “simple” ou un viol. Je ne connais pas un pédophile qui n’ait pas fait de travail d’approche, sous forme de séduction, pour faire tomber les quelques résistances qui pourraient exister et surtout pour faire fonctionner le dispositifs d’appétence. Mais un pédophile inscrit son comportement dans la relation, dans le temps. Et Internet ou pas, il va utiliser des subterfuges. Petit à petit en levant son masque il aura crée un tel climat de confiance que la jeune personne en face de lui, même si le masque est tombé ne tirera rien d’autre de son aveu que le constat qu’il est vieux et pas elle.

C’est la plus grande différence : la présence de protection et le respect de l’un et de l’autre. On est limité par soi même et par les limites de l’autre, les barrières existent. Mais dans la relation entre un enfant et un adulte, le réseau de protection n’existe pas, l’enfant peut trouver que la situation est naturelle et d’autant plus quand l’adulte lui est présenté comme étant quelqu’un qui n’est pas dangereux et qui ne va pas lui faire de mal. Le pédophile arrive avec des chocolats !



Pourquoi les statistiques sur le sujet ne sont pas forcément fiables et quasi-absentes concernant les agressions suite à de mauvaises rencontres sur Internet ?

Au niveau des statistiques, Sébastian Roché, chercheur en sociologie à Grenoble, démontre qu’on ne connaît qu’un fait de délinquance sur cinq. Un fait est connu quand quatre autres se sont déroulés, à l’image du premier. Dans certains domaines, le taux de non connaissance est plus faible qu’ailleurs. En imaginant celui sur les violences et les abus sur enfants, on les repère plus facilement que les infractions fiscales ou les détournements. Les victimes sont des victimes physiques et autour des enfants il y a tout un système de dépistage, qui doit permettre de réduire au minimum le taux de non visibilité. Aujourd’hui on a réussi à libérer la parole. Mais a-t-on plus de chances de voir un enfant dire qu’il a été victime de violences sexuelles ou que par delà sa parole, on va réussir à le démontrer à travers son comportement ses écrits ou son silence ? Je vois souvent le terme d’“ambiance pédophile” dans des rapports sur une famille. Il y a une ambiance pédophile, des choses qui relèvent de la pédophilie mais il n’y a rien, aucun fait. À l’heure actuelle, il y a une augmentation des faits connus mais personne ne peut affirmer qu’il s’agit d’une augmentation des faits commis.

On peut connaître les variations de cas connus. C’est ce que je fais dans le cadre de mon travail. Et sur 30 ans, nous avons pu contribuer à ouvrir les yeux de ceux qui ne savaient pas entendre et comprendre. Est-ce qu’on peut en déduire une augmentation du nombre d’affaires sexuelles dans les juridictions, ça veut dire qu’il y a une augmentation par dix ou par cent des violences sexuelles imposée aux enfants? Non, ça veut dire qu’on peut multiplier par X le nombre d’affaires connues et qui donnent matière à une poursuite. Il y a toujours X faits de pédophilie par an, simplement à un moment donné, on pouvait en voir dix et aujourd’hui on en voit 25. Mais peut-être il y en a plus que cent …

N’est-il pas alarmiste de dire qu’Internet permet d’augmenter ce genre de pratiques ?

En tout cas Internet ou la pédophilie par Internet ne doit pas différer de ce qu’il s’est toujours passé dans ce domaine là. Simplement les nouvelles techniques viennent à la fois faciliter les choses, ouvrir de nouvelles voies. Mais comme par le passé ! On sait tous qu’avant on parlait plus d’hommes qui pouvaient aller dans les jardins publics et qui s’exhibaient, voire qui cherchaient …. Est-ce que fondamentalement, les attitudes et les mécanismes, les ressorts, sont différents d’aujourd’hui ?

“Sur les cent personnes avec qui votre enfant discute sur Internet, il n’y peut-être aucun pédophile !”
Il faut aussi savoir être réaliste, on peut développer la thèse du “plus on en parle et plus on accentue le phénomène” , mais …. En étant un peu les pieds sur terre, vous vous méfiez des vieux messieurs dans les parcs qui pouvaient agresser votre enfant. La solution pour éviter ce genre de situation était de quitter le parc ou de ne jamais laisser votre enfant seul. Vous aviez la capacité de mettre en oeuvre une protection autour de votre enfant. Aujourd’hui, vous tournez le dos, vous êtes dans la cuisine et votre enfant dans sa chambre discute avec plusieurs contacts que vous pouvez ne pas connaître. Vous pensez votre enfant en sécurité mais peut-être pas … Après sur les cent personnes qu’il connaît ou avec qui il discute, il n’y peut-être aucun pédophile !

Quel est le vrai rôle d’Internet dans ce cas ?

Il y a 35 ans il n’y avait pas internet, et c’est vrai que les nouvelles technologies facilitent le “travail”, l’approche qu’un certain nombre de gens développent en direction des populations les plus fragiles. Mais sans le nier, il n’y a pas non plus à paniquer. Quand j’avais moins de 25 ans, on nous a appris à savoir lire le journal et à maîtriser l’accès à l’information. Plus que jamais cette démarche d’apprendre à maîtriser les instruments s’impose et il faut apprendre aux enfants à connaître l’offre de services qu’est internet. C’est un instrument extra-ordinaire de culture et de distribution du savoir, de l’accès au savoir. Nous verrons très bien demain la ligne de clivage entre ceux qui ont accès à internet et ceux qui n’ont pas accès à internet. Avant ça, comme tout instrument, il faut savoir s’en servir ! Avec un simple crayon noir on peut écrire un document diffamatoire, déborder d’injures comme écrire un chef d’oeuvre. Et avec un Mont Blanc on peut écrire quelque chose de totalement stupide. Donc ce n'est pas l’instrument qui est en cause, c’est la maîtrise de l’instrument.

samedi 1 octobre 2011

Syndrome d’Aliénation Parentale : la fin du mythe

(Adaptation française par Martin Dufresne et Hélène Palma)

Un projet de loi est actuellement à l’étude au Texas ; le SAP risque fort d’être définitivement écarté des tribunaux familiaux parce qu’il ne repose sur aucune base scientifique.

Projet de loi n° 1903, Assemblée législative du Texas, déposé en mars 2003 afin d’interdire toute référence au prétendu " syndrome d’aliénation parentale " (SAP)


Éléments de présentation

Les témoignages à caractère scientifique peuvent avoir une importance considérable devant les tribunaux, à condition toutefois d’être pertinents et crédibles, sans quoi ils peuvent devenir gravement préjudiciables ; l’usage du "SAP", ou "syndrome d’aliénation parentale", dans les tribunaux familiaux en a fait la preuve.
Le SAP est présenté comme un diagnostic psychiatrique : en tant que tel, il devrait donc s’appuyer sur de solides fondements scientifiques afin d’être crédible.

Dans l’affaire Daubert v. Merrell
Dow Pharmaceuticals (509 U.S. 579, 1993), la Cour suprême des États-Unis a créé le test Daubert pour déterminer la crédibilité et l’acceptabilité d’une évaluation présentée comme scientifique.

D’après le test de Daubert, tout élément de preuve présenté comme scientifique doit satisfaire aux critères suivants :

1) La théorie ou technique utilisée est-elle testable ? A-t-elle fait l’objet de tests ?
2) La théorie ou technique a-t-elle été soumise à la critique de pairs et publiée après examen d’un comité de lecture composé de pairs ?
3) Dans le cas de techniques scientifiques, quel est le taux d’erreur potentiel ou avéré ? Y a-t-il des critères contrôlant la mise en œuvre de la technique ?
4) La technique est-elle reconnue dans l’ensemble de la communauté scientifique ? (Id.)


La Cour suprême du Texas a adopté le test Daubert dans l’affaire Du Pont de Nemours v. Robinson (923 SW 2d 549, 556, Tex. 1995), en statuant que le témoignage d’un expert devait être pertinent aux questions en cause et devait reposer sur des bases crédibles.

De manière similaire, l’arrêt TEX. R. EVID. 702 prescrit que le point de vue d’un expert ne doit être accepté que si "des connaissances scientifiques, techniques ou autrement spécialisées aident le juge des faits à comprendre la preuve ou de déterminer un fait en litige…"

Le SAP ne se conforme ni aux critères définis par le test Daubert ni à ceux du test Robinson. Loin d’aider les juges à comprendre les éléments de preuve, il les empêche au contraire de le faire. Le SAP n’a pas fait l’objet de tests scientifiques. Il n’a pas été soumis à une évaluation par des pairs et il n’est pas reconnu par la communauté des psychiatres et des psychologues.

Le SAP est essentiellement la création d’un seul homme, le docteur Richard Gardner, un pédopsychiatre qui a "découvert" le syndrome aux environs de 1985. Gardner considère comme fausses la vaste majorité des accusations d’inceste portées contre des parents dans un contexte de divorce et de litige de garde d’enfants. Il pense que ces accusations sont formulées à cause d’un conditionnement de l’enfant, organisé par l’un des parents contre l’autre.

Gardner défend des points de vue tout à fait inhabituels, que partagent peu de psychiatres et de psychologues spécialistes de l’enfance et de la famille. Ainsi, le Dr Gardner s’est dit d’avis qu’une mère devrait punir son enfant s’il se plaint d’agressions et qu’une mère qui défend la parole de son enfant devrait être jetée en prison.

Dans une prétendue affaire de SAP qui a fait les manchettes aux USA, le docteur Gardner a soutenu qu’un père accusé d’agression devait obtenir la garde de ses deux fils, sous prétexte que sa femme dressait les enfants contre lui. Au cours de la procédure judiciaire relative à la garde des enfants, le père a surgi sur le parking du lieu de travail de son épouse et l’a abattue de 13 balles d’une arme semi-automatique. Au procès pour meurtre de cet homme, le docteur Gardner, témoignant en défense, a fait appel à sa théorie du SAP pour affirmer :

"Je crois que… c’est dans le contexte d’une escalade de frustration et de furie réprimée [contre la mère qui dressait les enfants contre lui], que cet homme est devenu gravement psychotique et a assassiné sa femme" (Cheri L. Wood, note et commentaire, The Parental Alienation Syndrome : a dangerous aura of reliability, 27 Loy. L. A. L. Rev. 1367, 1383 ; 1994).

Richard Gardner a inventé la notion de SAP mais a en général évité de la soumettre à la critique de ses pairs en publiant ses ouvrages à compte d’auteur à sa propre maison d’édition, Creative Therapeutics, et en publiant des articles dans des revues dépourvues de comité de lecture spécialisé. Ainsi que l’a fait remarquer un tribunal de l’État de New York en refusant d’admettre en preuve un témoignage de Richard Gardner au sujet du SAP, "Gardner a écrit approximativement 43 livres mais, à l’exception d’un seul, tous ceux qui ont été publiés et commercialisés depuis 1978 l’ont été par sa propre maison d’édition, Creative Therapeutics". (People v. Fortin, 184 Misc. 2d 10, 11 NY Co. Ct. 2000).

Richard Gardner a également publié ses articles dans une revue peu connue appelée Issues in Child Abuse Accusations. Loin de comprendre un comité de lecture de spécialistes, cette revue est publiée à partir du bureau de Ralph Underwager et Hollida Wakefield. Ralph Underwager a acquis une certaine notoriété en affirmant à un journaliste néerlandais : "Les pédophiles doivent acquérir une attitude plus positive ; ils doivent revendiquer la pédophilie comme mode d’expression acceptable de la volonté divine d’amour et d’unité entre tous les êtres humains".

Le SAP n’est pas reconnu dans la quatrième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV), ni dans aucune des versions précédentes. Les psychologues pour enfants et les pédopsychiatres s’appuient invariablement sur ce manuel dans leur pratique clinique. Le DSM-IV n’inclut dans ses pages que les désordres mentaux confirmés par l’évaluation scrupuleuse de spécialistes, ce que l’American Pyschiatric Association justifie comme suit en préface : "La crédibilité et l’utilité du manuel DSM-IV nécessitent qu’il privilégie des objectifs cliniques, de recherche et d’éducation et qu’il repose sur de solides bases empiriques". (American Psychiatric Association, DSM-IV, 4e édition, 1994). Gardner n’a jamais demandé à ce que le SAP soit répertorié dans le manuel DSM, malgré qu’il ait créé ce syndrome en 1985.

Le SAP s’appuie sur une logique circulaire, ce qui compromet radicalement sa crédibilité comme outil scientifique de diagnostic. En effet, on fait appel au SAP pour tenter de démontrer qu’une agression n’a pas eu lieu ; mais cet argument prend pour acquis ce qu’il prétend démontrer, à savoir la fausseté des énoncés de l’enfant. Même logique circulaire dans la prétention de Gardner que les accusations d’agressions formulées dans un contexte de litige de garde d’enfants sont fausses dans la grande majorité des cas ; l’un des principaux critères utilisés par Gardner pour déterminer la fausseté d’une accusation est précisément qu’elle soit soulevée au moment d’une procédure contestée de garde d’enfants. De plus, comme Gardner prend pour acquis que l’enfant n’a pas réellement été molesté, le SAP ne rend compte que des comportements de la mère et de l’enfant. Cette théorie n’arrive pas à reconnaître que, si l’enfant a été agressé, son animosité à l’égard de son père, ainsi que les tentatives de sa mère pour empêcher les visites, sont non seulement justifiées mais prévisibles.

Le SAP est de plus en plus soulevé en défense lors des procès pour agression parentale. Une étude portant sur les causes portées devant les tribunaux américains de chaque État au cours des cinq dernières années ne révèle aucun jugement où l’on ait évalué cette théorie au Texas. Cependant il apparaît que, dans d’autres juridictions, des tribunaux ont refusé d’admettre en preuve des arguments basés sur le SAP, parce que ce syndrome n’est pas reconnu par l’ensemble de la communauté scientifique compétente et qu’il n’est pas crédible. Par exemple, une instance de la Cour d’Appel de Floride a exprimé des préoccupations quant à la crédibilité du SAP (In the Interest of T.M.W., 553 So. 2d 260, Fla. 1st DCA 1989). La Cour a déclaré :

"Aucun élément n’a été apporté dans l’ordonnance ou au dossier qui indique une reconnaissance professionnelle généralisée du SAP comme instrument de diagnostic. Dans un contexte similaire (mais sans relation directe) au traité précité de Gardner, dont l’objet est les viols sur enfants, nous notons les avertissements d’autres commentateurs contemporains [qui indiquent] l’importance vitale d’éviter la confusion qu’engendre toute référence à des ’syndromes’… Pour l’instant, les spécialistes ne conviennent pas de l’existence d’un syndrome psychologique qui permettrait de détecter les agressions sur des enfants…" Id., pp. 262-263.

Cependant, malgré la volonté de certains tribunaux de soumettre le SAP aux mêmes critères que ceux requis pour tout soi-disant témoignage expert, de trop nombreux tribunaux continuent de s’appuyer sur le SAP, explicitement ou implicitement. Dans de nombreux dossiers, le manque d’information du juge ou du procureur en matière de SAP et l’absence de soutien juridique pour la mère entraînent l’admission en preuve du SAP sans véritables objections. On voit également certains tribunaux, qui récusent le recours au SAP comme tel, accepter néanmoins que des "experts" et des avocats se servent de la méthode inappropriée du SAP pour formuler des recommandations et des déterminations de garde qui reposent sur la notion d’"aliénation" que tend à imposer la théorie circulaire et peu crédible du SAP.


Source : Fiche d’information préparée par Eileen King sous le titre Talking Points Regarding House Bill 1903. Adaptation française : Martin Dufresne et Hélène Palma.

Mise en ligne sur Sisyphe le 15 mars 2003

dimanche 25 septembre 2011

Les abus de la mémoire (Tzvetan Todorov)

"...la mémoire ne s'oppose nullement à l'oubli. Les deux termes qui forment contraste sont l'effacement (l'oubli) et la conservation ; la mémoire est, toujours et nécessairement, une interaction des deux. La restitution intégrale du passé est une chose bien sûr impossible (mais qu'un Borges a imaginé dans son histoire de Funes el memorioso), et, par ailleurs, effrayante ; la mémoire, elle, est forcément une sélection." (p. 14)

"L'individu qui ne parvient pas à accomplir ce qu'on appelle le travail de deuil, qui ne réussit pas à admettre la réalité de sa perte, à s'arracher au choc douloureux qu'il a subi, qui continue de vivre son passé au lieu de l'intégrer dans le présent, qui est dominé par le souvenir sans pouvoir le domestiquer (et c'est, à des degrés divers, le cas de tous ceux qui ont vécu dans les camps de la mort), cet individu est évidemment à plaindre et à secourir : il se condamne involontairement lui-même à la détresse sans issue, à la folie." (pp. 32-33)

Mémoire littérale par opposition à mémoire exemplaire: la première est tournée sur soi, sur la singularité et l'incomparabilité du vécu, la seconde est tournée vers l'action, l'autre, la comparaison avec d'autres faits et situations.

dimanche 22 août 2010

La nature du mensonge

"Celui qui sait tout n'a pas besoin de faire confiance, celui qui ne sait rien ne peut raisonnablement même pas faire confiance."

"... si le secret n'est pas directement lié au mal, le mal est lié directement au secret"

Simmel, "Secret et sociétés secrètes"

Détruire

"... détruire est une mise à l'écart de toute signification possible..."

"Il n'y a rien à comprendre dans l'anéantissement, dans la ruine, l'annihilation."

Lawrence Olivier - Détruire : la logique de l'existence

mardi 18 mai 2010

S. Ferenczi

Juste un petit message suite à diverses interventions que j'ai relevées sur mon blog. Je suis content que celui-ci ait pu servir à mettre en contact certaines personnes, je ne pouvais pas demander mieux.

La lecture que je recommande vivement à quiconque a été touché par l'inceste ou à quiconque connaît une victime est un petit livre très facile à lire, A LA PORTEE DE TOUS selon moi, soit : "Confusion de langue entre les adultes et l'enfant" de S. Ferenczi, l'un des rares psychanalystes qui ait eu à dire quelque chose de fondamental sur l'inceste, bien que ce ne soit pas le seul non plus.

dimanche 28 mars 2010

Viol d'anges (Martine Bouillon) II

"Si on arrive à faire comprendre à un enfant qu'on ne va plus l'aimer s'il nous déçoit, il va se livrer à une espèce de surenchère et aller jusqu'à imaginer ce qui ferait plaisir à l'adulte. Sans en avoir l'air, l'adulte l'a conduit peu à peu à ce qu'il voulait entendre. Il finit par faire comprendre à l'enfant que c'est presque lui le violeur, le demandeur. Le triomphe du pédophile consiste à retourner complètement la situation : à l'entendre, c'est l'enfant qui le viole, lui.

"De tels propos reviennent presque constamment dans les 'aveux' des pédophiles : 'C'est un petit cochon, vous ne le connaissez pas, il est porté là-dessus, c'est lui qui m'a séduit, qui m'a obligé, et je ne suis coupable que d'une chose, d'avoir cédé.' On a complètement retourné l'image de l'abuseur et de l'abusé. Et l'adulte a si bien enfermé l'enfant dans cette image, dans cette culpabilité, que la victime va se taire : il ne va effectivement pas dénoncer l'autre, car il se dénoncerait lui-même. C'est d'une effroyable subtilité psychologique.

"De la même façon, les campagnes de prévention où l'on enseigne à l'enfant à dire non, à résister à l'adulte, relèvent en réalité du langage du pédophile, car on retourne ici les situations. Je crois que le langage de la justice, des assises notamment, consiste à remettre chacun à sa place. L'enfant n'a pas de responsabilité. Par définition, il n'est pas responsable de lui-même. On peut lui faire accomplir ou dire tout ce qu'on veut, il n'a aucune notion du danger réel. L'adulte est forcément, toujours, le coupable. Et dans le cadre de l'instruction, c'est ce que j'ai le plus de mal à faire entendre aux mis en examen. Il faut pourtant que j'y parvienne, il faut qu'eux-mêmes arrivent à le comprendre, sinon la récidive est presque certaine. Mais les pédophiles croient d'autant plus à leur discours qu'après l'avoir fait croire à l'enfant, celui-ci leur restitue."

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Je crois qu'on retrouve là les observations d'Annie Leclerc: bien entendu qu'il est préférable que les enfants sachent se défendre, mais on ne peut pas les accuser de ne pas dire non. Bien que j'ais tout oublié du passé le plus ancien avec ma mère, je sais qu'adolescent, elle n'avait pas besoin de demander et il lui était donné: j'allais jusqu'à voler pour elle sans qu'elle me le demande. Lorsqu'enfin j'ai choisi de mettre fin à notre relation, je m'en voulais de n'avoir pu la sauver, mais je ne pouvais pas l'accompagner alors qu'elle-même n'arrivait plus à s'intéresser vraiment à moi. C'était une histoire d'amour qui finissait mal. Ce n'est que très récemment que j'ai commencé à prendre la mesure des choses. Si on m'avait demandé: mais pourquoi n'as-tu pas dit non, je serais parti d'un fou rire hystérique sans comprendre si c'était bien à moi qu'on parlait. Je n'étais pas de ce monde et je n'imaginais pas d'autre façon de vivre que la mienne. Tout était dans l'ordre des choses.

D'ailleurs, je n'ai jamais songé à dire non à cette ado qui, elle aussi, s'est intéressée à mon corps d'enfant, ou encore à l'amie de ma mère: ce n'était pas pensable pour moi, comme si tout avait toujours été comme ça. Je me gardais bien de le demander aux autres enfants, de peur qu'ils ne me répondent que tout n'était pas nécessairement dans l'ordre des choses chez nous.... A combien d'autres n'ai-je pas dit non ? Je ne sais pas, mais l'enfant ne devrait pas être dans une situation dans laquelle il devrait avoir la maturité d'un adulte dans ce "NON" à quelque chose qu'il n'est pas censé connaître.

L'abuseur se projette ainsi tout entier dans l'abusé qui, par besoin d'amour, de croire en sa propre bonté peut-être, introjecte avidement ce parasite et s'en drogue jusqu'à ne plus pouvoir s'en passer même à l'âge adulte. Quelle horreur ! Même ses enfants, s'il a le temps d'en avoir, risquent d'être infectés par ce virus !

Viol d'anges (Martine Bouillon)

"Le silence que rencontrent les victimes de pédophiles pèsent sur eux comme une chape de plomb : tout le monde se tait, personne n'entend. Quand on pointe toutes les dénonciations auxquelles l'enfant s'est livré pour dire ce qui lui arrivait- parce que les enfants ne dénoncent pas seulement par la parole, mais aussi par l'expression corporelle, le travail insuffisant ou excessif à l'école, l'expression artistique : un dessin, une question, un regard, un comportement toujours triste, prostré ou excessivement gai devraient alerter. Or, personne n'a rien vu. Surtout pas ceux qui étaient là pour eux, les éducateurs, qui auraient dû voir...
Le silence de l'enfant est étrange, on pourrait presque dire qu'il est contagieux : personne ne voit parce que personne ne veut voir.

...

Il y a un autre facteur qui explique le silence de l'enfant et qui tient véritablement de l'omerta (la loi du silence en Corse) : la toute puissance des parents. Tant qu'il est à la botte, entre les mains de ses parents, à domicile, il ne parlera pas. Il ne le fera peut-être qu'une fois sorti du sein familial... De fait, un enfant de cinq ou sept ans ne sait pas de quoi il s'agit, si c'est bien ou mal, il subit, comme il subit tout le reste. Et le pédophile, qui est un manipulateur-né, un séducteur d'enfants, sauf quand c'est un débile, (...) lui fait croire chaque fois que c'est normal, que tout le monde fait la même chose. L'enfant accepte donc. Le pédophile parvient souvent à retourner la situation de telle sorte que c'est même l'enfant qui réclame : c'est sa façon d'exprimer son amour, il n'y voit pas mal."

jeudi 25 mars 2010

Femmes fatales (Michèle Agrapart-Delmas)

Un petit passage de ce livre qui contient des observations qui, je pense, vont au-delà des profils ici concernés, ceux des "serial killer".

"Or tout individu relevant de l'article 122-1 est considéré comme non punissable en raison de l'abolition totale ou partielle de son discernement, et échappant ainsi à la sanction pénale, va aller grossir les services de psychiatrie. Cependant l'exonération de peine, le non-lieu psychiatrique sont rarissimes en matière pénale, et liés essentiellement à des maladies graves comme la schizophrénie. C'est toute l'ambiguité entre les concepts de responsabilité, d'imputabilité et de punissabilité...

D'autre part, on n'est jamais fou à temps plein tandis que la guillotine, qui n'a d'ailleurs jamais été dissuasive pour les criminels toujours persuadés d'être plus malins que les policiers et de fait de leur échapper, évite certes les récidives mais pas les erreurs judiciaires.

La quasi-totalité des tueurs multirécidivistes ont tout leur discernement et leur parfaite lucidité. Les actes sont commis en toute connaissance de cause pour apaiser une pulsion, et le plaisir éprouvé entraîne la récidive.

Mais traiter un criminel de fou, c'est se différencier de lui, ne pas s'y identifier, le mettre à bonne distance sécurisante pour chacun d'entre nous en l'excluant d'une société de gens dits 'normaux' qui eux ne violent pas les jeunes vierges ni ne tuent les enfants."

Ce qui m'intéresse ici, ce sont tout d'abord ces trois concepts de "responsabilité", "imputabilité" et "punissabilité". De même, la remarque sur la folie à temps plein. Dans les affaires de viol et d'inceste, on entend toujours la même rengaine: un homme, le pauvre, a été victime de ses pulsions. Que voulez-vous, c'est un homme et sa femme le délaissait ou il était pauvre d'esprit, il a eu une enfance difficile. Mais cet homme qui viole sa fille plusieurs fois par semaine sur des années et ne s'arrête que quand la jeune fille le menace de tout dire, cet homme n'a-t-il pas eu le temps de penser pendant toutes ces années ? Et le violeur d'un soir doit-il nécessairement se défendre en arguant que la fille était consentante ?

Pendant longtemps j'ai excusé ma mère en disant que la pauvre était issue de l'assistance publique, qu'elle avait sans doute été abusée elle-même, qu'elle était dépressive, voire malade mentale, mais est-ce que tout cela doit l'excuser d'avoir ruiné la vie de ses trois enfants ? Ce qu'elle a commis ne peut que lui être imputé, et elle seule est responsable parce que, sur plus de 15 ans, elle a nécessairement eu la possibilité de réfléchir et voir l'horreur qu'elle nous faisait vivre à nous et aux autres enfants. Punissable, donc, et pas seulement à traiter en asile psychiatrique (d'ailleurs, l'asile ne lui a rien fait). Mais pas si anormale, car combien ont participé aux orgies ? Tous des gens très respectables, pères de famille et autres...

mardi 23 mars 2010

La pédophilie (Annie Leclerc)

"Toute la pédophilie est contenue dans cette incommensurable violence qui consiste à plonger l'enfant dans la confusion des ordres clairs, à l'associer par le silence à son bourreau, à le troubler au point d'anéantir le sens qu'il a de lui-même."

....

"Où va le désir du pédophile ? Il va à ce qu'il obtient: le trouble, la confusion, la reddition de l'enfant à l'adulte. Il jouit d'une effraction intime que l'enfant n'ose dénoncer comme violence. Il jouit de la non-résistance de l'enfant, de sa malléabilité, de son impuissance...

...Le pédophile n'est pas méchant au sens où il viserait la souffrance de l'enfant, sa peine, son agonie. Bien au contraire, ses larmes lui insupportent, ses protestations l'exaspèrent. Il veut l'enfant mou et muet. Il veut en user comme bon lui semble."

Annie Leclerc, La honte (Paedophilia)

"Comment entendre les grands, les parlants, les bienveillants, les véridiques, lorsqu'ils proclament que les grands, les parlants, peuvent être malveillants et menteurs ? Qu'est-ce qu'un loup qui se révèle d'autant plus loup qu'il ne se comporte pas d'abord comme un loup ?"

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"Depuis quelques temps, on incite l'enfant, à grand renfort de publicité, à témoigner - il faudrait dire à dénoncer - des agressions dont il a été victime. Mais comment peut-il 'dénoncer' celui auquel il n'a pu dire non ? Sa honte d'avoir compris sans vouloir montrer, sa honte d'avoir plié pour ne pas dénoncer l'agresseur à lui-même, s'aggrave maintenant de celle de s'être tu, de se taire encore, et toujours plus honteusement puisqu'on l'assure qu'il devrait parler. Décidément on veut que l'enfant ait honte.
Voulant l'aider, on risque bien de l'enfoncer plus obscurément encore.
Si j'imagine l'effet que peut produire, sur un enfant soumis à l'inceste par exemple, ces appels allègres à la dénonciation, cette soudaine et furieuse condamnation du crime pédophilique, je crains qu'il ne soit, dans bien des cas, désastreux. Il ne veut pas que ce soit aussi terrible qu'on dit."

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"Est-ce lui l'enfant qui devrait, par sa plainte, fendre la mère en deux, briser la famille en quatre, livrer le bourreau aux crachats publics, à la police, au cachot ?
Est-ce à lui de précipiter parmi les siens le désastre qu'il cherche à leur épargner par son silence ?...

...Et puis parler c'est faire exister la chose, lui donner sa pleine réalité. Une fois que c'est dit, on ne peut plus effacer, oublier... On peut toujours espérer avoir fait un mauvais rêve, un mauvais rêve de loup, qui se termine bien."

lundi 22 mars 2010

Paedophilia (Annie Leclerc)

"L'enfant ne veut pas seulement être aimé, il veut parler. Quand il ne le peut pas, quand il sait mieux que vous ce qui ne se dit pas, il apprend aussi qu'On veut sa mort. Qui, On ? Pas forcément celui qui l'a forcé. Mais qui alors ? Justement ça il ne sait pas. On, c'est ce qui l'empêche de parler, le fait rentrer au fond de lui, dans une nuit d'abandon, où se trament peu à peu dans l'ombre d'obscures vengeances encore sans visage ni destinataire."

"L'enfant, ou le non-parlant. C'est bien ce qu'a voulu dire d'abord le mot 'enfant'. Enfant : du latin 'in', particule négative, et 'fans', participe présent du verbe 'fari', parler. Enfant a donc désigné d'abord le nouveau-né ou le très jeune enfant. Celui qui ne parle pas."

"Il ne faut pas prendre les enfants pour des idiots.
Ce n'est pas parce qu'ils la bouclent qu'ils ne savent pas ce dont il s'agit.
Et ce n'est pas non plus parce qu'ils laissent faire qu'ils y trouvent leur compte."

mercredi 17 mars 2010

La Pornographie (Michela Marzano)

"Dans la sexualité, donner et prendre ne font qu'un..."

"Lorsque 'le désir se brise et se satisfait comme le plus égoïste et le plus cruel des besoins', alors l'autre n'est plus le signe de ce que je n'ai pas. Il n'est plus un autrui qui me met en question en contestant ma prise sur les choses. Il devient un instrument dont je peux me servir, dont je peux m'emparer.
"C'est là que prennent place la pornographie et ses représentations. C'est là que s'installe l'obscène. Un obscène naissant d'un regard qui réduit le sujet à une chose et offense le désir en le brisant sur la nudité de l'organe.
"Dans la pornographie, ce qui est représenté est l'absence de la faille: la rencontre sexuelle n'a pas lieu, au moins dans la mesure où ce qui est en jeu est la maîtrise du manque, sa réduction à 'rien' par l'effacement de l'autre."

mercredi 6 janvier 2010

L'invention de soi, J.C. Kaufmann

1. L'identité est une construction subjective.
2. Elle ne peut cependant ignorer les "porte-identité", la réalité concrète de l'individu ou du groupe, matière première incontournable de l'identification.
3. Ce travail de malaxage par le sujet se mène sous le regard d'autrui, qui infirme ou certifie les identités proposées.

vendredi 18 décembre 2009

Levinas, Le temps et l'autre

"L'insomnie est faite de la conscience que cela ne finira jamais, c'est-à-dire qu'il n'y a plus aucum moyen de se retirer de la vigilance à laquelle on est tenu. Vigilance sans aucun but. Au moment où on y est rivé, on a perdu toute notion de son point de départ ou de son point d'arrivée. Le présent soudé au passé, est tout entier héritage de ce passé; il ne renouvelle rien. C'est toujours le même présent ou le même passé qui dure. Un souvenir - ce serait déjà une libération à l'égard de ce passé... Cet exister n'est pas un en-soi, lequel est déjà la paix; et il est précisément absence de tout soi, un sans-soi."

"La conscience est le pouvoir de dormir."

"C'est un grand paradoxe: un être libre n'est déjà plus libre parce qu'il est responsable de lui-même."

"La solitude n'est pas tragique parce qu'elle est privation de l'autre, mais parce qu'elle est enfermée dans la captivité de son identité, parce qu'elle est matière. Briser l'enchaînement de la matière, c'est briser le définitif de l'hypostase. C'est être dans le temps. La solitude est une absence de temps."